Au milieu d’une mer que les cartes avaient renoncé à nommer se dressait un vieux phare blanc. Alba y vivait seule, avec le vent, un goéland curieux et une mission que personne ne lui avait confiée.
Chaque nuit, elle recueillait les étoiles qui tombaient du ciel.

Ce n’étaient pas les étoiles filantes que les humains apercevaient parfois. Celles-ci tombaient silencieusement lorsqu’elles pensaient que plus personne ne les regardait.
Alba les trouvait sur les rochers, entre deux vagues, ou tremblantes dans les herbes de l’île. Elle les déposait dans la lanterne du phare, bien au chaud. Certaines retrouvaient leur éclat dès le lendemain. D’autres avaient besoin de plusieurs années.
Une nuit arriva une étoile minuscule, terne et légèrement cabossée.
— Je n’ai jamais éclairé personne, murmura-t-elle. Je ne manquerai au ciel de personne.
Alba ne lui répondit pas tout de suite. Elle l’installa dans un nid de laine, près de la grande vitre, puis resta assise à ses côtés jusqu’au matin.

Les nuits suivantes, l’étoile demeura sombre. Pourtant, chaque soir, Alba lui racontait quelque chose qu’elle seule avait vu : un navire retrouvant sa route grâce à une lueur lointaine, un enfant faisant un vœu devant une fenêtre, un vieil homme levant encore les yeux vers le ciel malgré la fatigue.
Puis, juste avant l’aube du septième jour, une tempête effaça toutes les étoiles.
La petite étoile regarda la mer noire. Très loin, un bateau dérivait entre les récifs.
Alors elle se mit à briller.
Pas beaucoup. Pas longtemps. Mais juste assez pour que le marin aperçoive le phare et corrige sa route.
Tu vois, lui souffla Alba, il n’est pas nécessaire d’éclairer le monde entier.
Lorsque le ciel s’éclaircit, Alba ouvrit les fenêtres de la lanterne. Toutes les étoiles guéries s’envolèrent en spirale au-dessus de la mer. La petite étoile hésita, effleura une dernière fois la joue d’Alba, puis les rejoignit.
Ensemble, elles dessinèrent une constellation que personne n’avait jamais vue.

On raconte que cette constellation n’apparaît qu’aux personnes qui se croient devenues inutiles.
Elle ne leur promet rien.
Elle leur montre simplement le chemin jusqu’au prochain matin.